À l’heure où nos téléphones et nos ordinateurs sont la plupart du temps équipés de correcteurs automatiques et que ceux-ci ne cessent de faire disparaître des emplois dans les rédactions, on peut se poser cette question : a-t-on encore vraiment besoin de faire appel à des êtres de chair et de sang ?
Certes, les logiciels et applications dédiés à la détection des fautes sont de plus en plus en perfectionnés mais, – faites-en l’expérience -, ils ne sont pas infaillibles. Et, contrairement à ce que clament les adulateurs de l’intelligence artificielle, il leur reste bien des progrès à faire avant de pouvoir accomplir, sans intervention humaine, tout ce qu’on attend d’un relecteur. Les correcteurs du Monde l’illustre parfaitement avec un exemple qu’ils donnent sur leur blog.

Une langue riche en significations

L’ironie, l’implicite, la métaphore … pas besoin de dresser une liste des subtilités du langage dans lesquelles se manifeste le génie humain. Pas besoin non plus de démontrer que la compréhension de ces performances stylistiques sont inaccessibles à l’analyse d’une machine. Mais ce n’est pas tout, il y a d’autres barrières linguistiques contre lesquelles butent les logiciels.
Voici un exemple tiré d’un manuel de Gilles Siouffi et Dan Van Raemdonck : « Ma sœur est mon seul enfant. » Grammaticalement, rien à redire : la phrase est correcte. Mais sémantiquement, elle ne l’est pas et un correcteur automatique ne le relèvera pas. Ce genre d’énoncés est plus courant qu’on ne le croit. L’expérience le montre : après trop d’heures passées devant son traitement de texte, les lapsus pullulent au point qu’on finit par ne plus les voir ! Jusqu’à l’intervention salutaire du relecteur, fort d’un regard neuf sur le fruit du travail d’autrui.

La typographie : les règles du savoir-lire

La typographie est un ensemble de règles dont l’usage s’est imposé au fil de l’histoire du livre : des manuscrits recopiés dans les monastères aux ouvrages de plus en plus nombreux qu’on doit à la révolution qu’est l’imprimerie. La ponctuation y joue un grand rôle : fluidifier la lecture, limiter les ambiguïtés ou transmettre au lecteur les émotions de l’auteur – Ah ! merci points d’interrogation, de suspension et d’exclamation.
Un correcteur automatique sera paramétré pour coller au dernier mot le point qui termine une phrase ou pour remplacer par une espace fine l’espace fort qui précède un deux-points ; mais il ne pourra pas saisir la nuance entre une virgule et un point-virgule, entre un point final et des points de suspension : ce sont des subtilités qui ne se communiquent que d’humain à humain !

Un bon texte est rarement l’œuvre d’une seule personne

Même les virtuoses du verbe ne font pas tout, tout seul. Ils se font lire, relire et corriger, car il est rare, même exceptionnel, que le premier jet soit totalement satisfaisant. La perfection n’est pas de ce monde. Sans aller jusqu’à Charles Bukowski, dont les manuscrits étaient truffés de fautes d’anglais, prenons ceux de Marcel Proust. Le romancier au style inimitable déléguait à l’imprimeur le soin de ponctuer ses ouvrages… tâche ô combien primordiale pour conduire le lecteur jusqu’au terme de La Recherche.
Artistes passionnés, étudiants, maîtres de la prose … on a tous besoin du travail de quelqu’un d’autre pour peaufiner le nôtre.